► Un interclassisme de l’entre-deux guerres : le Parti social français

Le Parti social français (PSF) de François de la Rocque demeure mal connu. Une étude manqua longtemps sur ce qui aura constitué à la fois le parti de masse le plus important de l’histoire politique française — 1,2 million d’adhérents, devant le Parti communiste — et la première vraie grande formation de droite.


Théoriquement, Le Parti social français (PSF) de François de la Rocque demeure mal connu. Une étude manqua longtemps sur ce qui aura constitué à la fois le parti de masse le plus important de l’histoire politique française — 1,2 million d’adhérents, devant le Parti communiste — et la première vraie grande formation de droite.

Pour la première fois dans l’histoire politique française, le PSF du colonel de la Rocque sut à la fois dépasser le statut de ligue et celui d’un parti de cadres, dans une logique de rassemblement ni-droite ni-gauche. Ce rassemblement préfigurait, avec dix ans d’avance le RPF gaulliste.

Avec ce qui sera, à partir de 1947, le premier gaullisme politique, mais une partie aussi de la droite de l’entre-deux-guerres, le PSF partageait la volonté de la réforme de l’État, autour du renforcement de l’exécutif, ce qui n’était pas le moindre des chantiers d’une vie politique alors dominée par le Parlement.

En octobre 1938, les premiers sondages d’opinion, réalisés par l’IFOP, lui promettaient la victoire. Il devait non seulement dépasser, à droite, la timorée et centriste Fédération républicaine, mais aussi le Parti populaire français, qui venait de glisser d’un « national-communisme » jusqu’au fascisme. Surtout, et plus important, le PSF devait battre à lui seul le bloc SFIO-PCF constitutif du Front populaire.

  • La résistible marche au pouvoir du colonel de la Rocque, entre légalisme et révolution

Ce devait être le beau succès de ce grand parti social, qui n’usurpait pas son nom. Après quatre ans de mise en orbite, il devait se concrétiser aux élections législatives de mai 1940. On sait ce qu’il en advint. Quelques mois avant échéance, la France entra en guerre aux côtés du Royaume-Uni, contre l’Allemagne. Et, logiquement, avant même la défaite française, les élections furent annulées.

Ainsi fut fauché en plein essor le destin du PSF, et celui d’un chef, le colonel de la Rocque. Il n’était pas vraiment un politique. Il fut encore moins un politicien. Mais, des tranchées, il ramena quelque chose de rare en politique, un esprit « vieux-combattant » qui, au-delà des parades d’anciens soldats (surtout l’apanage des Croix de feu, qui précédèrent le PSF) sut créer le liant d’un mouvement qui croyait sincèrement à la poursuite dans la vie civile d’une solidarité nouvelle née de la guerre, une fusion des classes, au lieu de leur lutte. Sans forcément toujours y parvenir, le PSF prétendait représenter l’ensemble du peuple, chose dont les formations de gauche, malgré leur progressisme revendiqué, n’étaient pas encore capables, malgré l’espoir suscité par le Front populaire.

Il faut ainsi songer que bien avant que le général de Gaulle n’accorde le droit de vote aux femmes françaises, le PSF leur faisait déjà large part, donnant une opportunité d’engagement réel dans la sphère publique. « Les femmes sont le meilleur agent vecteur de l’œuvre sociale. », écrivait la Rocque en 1931, laissant ainsi à penser que le PSF, loin des accusations de conservatisme et de passéisme, était à la fois révolutionnaire, et à l’avant-garde.

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