Dictionnaire biographique

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Bouhier de L’Écluse, Robert


BOUHIER de L’ÉCLUSE, Robert (Les Sables, 18 oct. 1799-Paris, 24 jan. 1870). Officier, parlementaire légitimiste

Robert Bouhier de L’Écluse, issu d’une famille d’ancienne bourgeoisie poitevine, connaît ses premiers émois politiques dès l’adolescence, durant les Cent-jours, en s’engageant parmi les volontaires royalistes, contre le retour au pouvoir de Napoléon Ier. Par la suite aide de camp à l’inspection des gardes nationales en Charente-Inférieure , il monte à la capitale faire son droit et devient avocat. Substitut du procureur du roi, son premier geste hostile à la monarchie de Juillet consiste dans son refus de prêter serment. Ce geste, qui le fait redevenir simple avocat, entrave donc la progression de ce qui aurait normalement dû être une belle carrière. Lorsqu’il est élu comme député de la Vendée en 1848, il travaille en particulier sur les banques hypothécaires et les ateliers nationaux. À l’Assemblée constituante, il prononce par ailleurs un discours s’opposant au droit au travail. Réélu dans les rangs du Parti de l’Ordre, il se fait en mai 1851 le chef de file des légitimistes lors de la révision constitutionnelle. Il propose alors que soit élue une Constituante, dont il demande qu’elle rende « à la France ses lois fondamentales, ou plutôt qui se bornerait à les affirmer, ces lois n’ayant pu périr, car elles sont éternelles ». S’opposant au prince-président face à sa volonté de durer au-delà du terme de son mandat, il combat logiquement le coup d’État du 2-Décembre, protestant devant l’entrée — fermée — de l’Assemblée nationale, et voulant même manifester devant la Mairie du Xe arrondissement de Paris, sans cependant parvenir à temps sur les lieux. Cette opposition au prince Louis-Napoléon rend d’autant plus remarquable sa deuxième réélection, en 1852, dans la troisième circonscription de la Vendée. Cette nouvelle désignation par les électeurs n’est toutefois qu’un succès d’estime car, raide dans ses principes, Guy de Fontaine refuse initialement de prêter serment au président, avant de se raviser, pressé par Fortoul, ministre de l’Instruction publique. Dans la foulée, il condamne l’élection dans une circonscription voisine de la sienne de Saint-Hermine, candidat officiel, demandant un nouveau scrutin. Au final, son attitude hostile vis-à-vis du gouvernement lui vaut d’être exclue de la Chambre, devenue Corps législatif. A l’ouverture de la session de 1853, il refuse de nouveau le serment, cette fois en ne se rendant pas à la séance inaugurale, aux Tuileries. Écrivant par la suite au président du Corps législatif toute son opposition au nouveau régime — le Second Empire — il demande qu’il soit procédé à une lecture publique de cette diatribe, échoue dans sa tentative. Déclaré démissionnaire de facto par le président du Corps législatif, Billault, il lui est finalement donné deux semaines pour prêter serment. Les votes suivants de Bouhier de L’Ecluse sont déclarés inconstitutionnels, et son mandat s’achève par son refus définitif du serment à l’empereur.

Gauthier BOUCHET

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Chabot (de), Pierre – Colombel, Évariste


CHABOT (de), Pierre-Marie (Mouchamps, Vendée, 5 août 1887-11 jan. 1975). Parlementaire légitimiste

Pierre de Chabot appartient à la troisième génération des députés de la Troisième République, époque où les droites qui n’ont assimilé ni la République, ni la sécularisation de l’État apparaissent plus divisées que jamais en face d’un bloc de gauche et du centre qui se partage les ministères. Le parcours politique de Chabot est utile pour portraiturer le représentant conservateur de l’Ouest de la France, héritier de luttes politiques qu’il n’a pas connues, demeuré notable dans son département et combattu pour cela à Paris. Descendant d’un des nombreux rameaux de la maison de Chabot, jadis baron de Retz au XIVe siècle, sa famille a toujours résidé dans le bocage vendéen, à l’inverse des cousins Rohan-Chabot, domiciliés dans le Morbihan. L’attachement et le service à la maison de France permet à Constantin-Joseph de Chabot, arrière-grand-père de Pierre, de s’illustrer comme chef de division de l’armée vendéenne durant la Révolution. Son épouse, Zoé de Nicolaï, appartient également à une famille légitimiste. Comme tout notable qui jouit d’une autorité morale et sociale dans ses terres, Pierre entre dans son conseil général à la faveur des élections de 1924, représentant Les Herbiers. L’assemblée départementale est alors aux mains des gauches, très influentes autour de La Roche-sur-Yon et Fontenay-le-Comte. L’expérience de l’opposition est la seule que la vie publique lui accorde. Ainsi, en 1938, lors d’une élection législative partielle dans la deuxième circonscription de La Roche (Montaigu, Mortagne-sur-Sèvres, Aizenay), il est triomphalement envoyé à la Chambre contre son adversaire communiste, avec plus de 93 % des suffrages exprimés. Il s’inscrit alors dans le groupe de la Fédération républicaine, formation libérale et parlementariste, par certains aspects très proches du centre-droit. Cette affiliation n’a rien d’anodine : elle est le fruit d’un glissement dans la représentation de la droite à Paris. Lorsqu’il est élu, Contrairement à ses prédécesseurs, « vrais » légitimistes, Cabot n’a donc pas à prendre parti sur la validité des Lois constitutionnelles qui animent les débats dans le camp conservateur durant les premiers temps de la Troisième République. Tout autant et consécutivement, le climat délétère des violentes attaques gouvernementales sur la liberté de l’Église lui est étranger. En dépit de la fidélité traditionnelle des Chabot pour la Monarchie, Pierre se singularise par son affiliation libérale après son entrée à la Chambre. Il est, de fait, républicain. La force de ce nouveau courant à droite qu’il intègre, très proche de l’Action libérale populaire (ALP), est la conséquence de la rupture du bloc éponyme au cours des années 1920. La critique virulente du régime républicain par les néo-orléanistes de l’Action française (AF) et la mise à l’Index des ouvrages de Charles Maurras, son maître à penser, participent à dégager une droite libérale volontiers catholique, fort de près de deux cents députés d’un côté, et une droite néo-monarchiste, plus discrète sur la défense de l’Église et dont les élus, fort isolés, sont de plus en plus rares. Ayant voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain (1940), il ne manque pas d’agir courageusement en cachant des juifs durant l’Occupation – ce qui le fait, par la suite, être déclaré « Juste parmi les Nations » – et quitte tout mandat électif à la Libération.

Benjamin RATICHAUX

NOTICES CONNEXES : Robert Bouhier de L’Ecluse – Charles-Etienne de Juigné

COLOMBEL, Évariste (Nantes, 2 fév. 1813-22 nov. 1856). Avocat, parlementaire républicain

Figure centrale du parti républicain à Nantes sous la monarchie de Juillet, Évariste Colombel est, avec Ange Guépin et René Waldeck-Rousseau, l’un des artisans de la républicanisation précoce de la Loire-Inférieure, autour de sa préfecture, ville portuaire et industrielle. Sa vie brève n’en est pas moins richement dotée sur le plan professionnel et politique, le hissant jusqu’aux rôles de bâtonnier de Nantes et de président du conseil général de la Loire-Inférieure, mais, surtout, de maire de Nantes, lors d’un « court mandat, dans un contexte politique incertain », relèvent les Archives municipales dans la notice biographique qu’elles lui consacrent. L’œuvre d’Évariste Colombel parmi les républicains ligériens est d’ailleurs reprise et amplifiée par son fils, Georges-Évariste, né en 1838 et devenu maire sous la Troisième République. Le père, dont nous traitons ici, fils d’un avocat puis juge au tribunal civil de Nantes, naît sous la Restauration, à laquelle s’oppose résolument sa famille. Élève au Petit séminaire puis au Collège royal — actuel lycée Clemenceau de Nantes — à partir de 1828, Colombel se spécialise dans le droit et devient avocat. Par la suite, il devient bâtonnier à deux reprises. En parallèle, il agit politiquement, dans l’opposition, désormais, à une monarchie parlementaire. Après une présidence éphémère du conseil général, il entre ainsi au conseil municipal de Nantes en 1843, où il devient adjoint au maire, Ferdinand Favre, au bout de quelques mois. Démissionnaire un an plus tard, il est rapidement élu député, au sein du collège électoral de Paimbœuf. Républicain de conviction, il œuvre logiquement à Nantes lors des journées révolutionnaires de février 1848 pour y installer le Gouvernement provisoire, lequel le nomme maire, en mars. Il prend comme adjoints principaux des républicains modérés : Bertin, Chérot, Ériau, Huette, Lacombe. Désormais lié au régime, il se dissocie des éléments les plus révolutionnaires de la bouillonnante mouvance républicaine. En juin, il organise ainsi l’envoi de volontaires nantais pour réprimer l’insurrection qui se joue à Paris. Le 24, il déclare aux Nantais dans une proclamation cosignée avec ses adjoints que pour lui, la République ne s’envisage pas sans ordre : « En présence des événements de Paris, le devoir de vos magistrats est tout tracé ! Ils maintiendront, avec le concours de la Garde nationale et de tous les bons citoyens, ce qui existe, ce que la France entière a proclamé : la République, qui n’est que le progrès dans l’ordre. Ayez confiance en nous ! Nous ne manquerons pas à ce que des circonstances graves nous imposent à la fois, de prévoyance, de modération et de fermeté. » La situation se tassant, Évariste Colombel se notabilise et conforte son pouvoir à Nantes. Mais son mandat est marqué par un fort chômage et des difficultés économiques. Pour y remédier, il aide les ouvriers en leur fournissant du travail dans les travaux publics : l’achèvement du cour Cambronne, la construction du marché du Bouffay, des églises Notre-Dame-du-Bon-Port et Saint-Nicolas, du chemin de fer Paris-Nantes et de la poissonnerie. La visite dans la capitale bretonne du nouveau président, Louis-Napoléon Bonaparte, en 1849, est l’un des grands événements de son municipe. L’Empire rétabli, celui-ci le révoque, et remet Favre en selle. Pour agir, Colombel ne dispose guère que de la Société académique de Nantes et de la Loire-Inférieure, qu’il préside régulièrement depuis 1847. De santé fragile, il meurt à son domicile nantais, rue de la Poissonnerie (actuelle rue de la Paix), sur l’île Feydeau. Il est enterré au cimetière de la Bouteillerie, dans l’Est de Nantes.

GB

NOTICES CONNEXES :

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Juigné (de), Charles-Étienne


JUIGNÉ (de), Charles-Étienne, Gustave (Paris, 15 juin 1826-13 oct.1900). Comte, parlementaire légitimiste.

Le comte de Juigné est l’archétype du propriétaire conservateur de la fin du XIXe siècle, de ceux que les historiens républicains qualifient initialement de « hobereaux ». Héritant d’un domaine de plus de neuf cents hectares autour du château du Bois-Rouaud (à cheval entre les communes de Saint-Hilaire-de-Chaléons et de l’ancienne commune de Chéméré, près de Machecoul) ainsi que de la propriété du lac de Grand-Lieu, il dispose d’une grande autorité dans le Pays de Retz, tant il y représente le figure nodale de l’équilibre politique et religieux dans une France en plein balbutiement institutionnel. Sur ce point, la famille de Juigné, qui a donné des pairs sous la Restauration, choisit l’abstention après la chute de Charles X, ne versant ni dans le combat parlementaire, ni dans les équipées incertaines de la duchesse de Berry. Toutefois, abstention ne veut pas dire mutisme. Conscient des mutations économiques qui autorisent l’embellissement des terres agricoles (on songe, en Loire-Inférieure, à l’abbaye de Melleray et au domaine du Grand-Jouan, à Nozay), le comte de Juigné participent à la mise en valeur de ses exploitations céréalières mais aussi chevalines. A l’instar de son grand ami, le prince d’Arenberg, il fait bâtir attenant à son château du Bois-Rouaud des haras de grande renommée qui assouvissement la passion du comte pour les courses hippiques. Tout autant préoccupé de l’enclavement du pays de Retz, il milite au sein du conseil général – dont il est membre depuis 1865 – pour l’arrivée du chemin de fer sur la rive gauche de la Loire. Il demeure l’un des grands soutiens du projet, ayant lui-même constitué la société de financement de l’entreprise. Plus localement, il se consacre à la valorisation de « son » lac, en avançant l’idée d’un assèchement partiel qui échoppe face à la résistance d’une partie des populations et de la petite noblesse. Au niveau national, Juigné fait partie des nombreux novices de l’exercice parlementaire. Légitimiste, il se révèle rapidement comme un sympathisant des entreprises les plus intransigeantes : il fréquente occasionnellement la Réunion des Chevau-légers, partisans acharnés du comte de Chambord lors des campagnes monarchiques de 1871 et 1873. Cependant, et contrairement à nombre de ses confrères, il choisit de se représenter lors des premières législatives (1876) qui suivent le vote des lois constitutionnelles (1875). Bien que demeuré monarchiste et conscient de l’impossibilité d’une restauration, il prend la charge législative comme un outil pour obtenir des subsistes pour la modernisation de l’arrondissement de Paimbœuf, qu’il représente sans discontinuité pendant deux décennies. Séduit un temps par l’idée révisionniste du général Boulanger, il apparaît lors de l’affaire du Ralliement, l’un des derniers royalistes de l’hémicycle. Ne se représentant pas en 1898, il est élu sénateur la même année. Ne s’étant jamais marié, il lègue sa fortune, son château et son héritage politique à son neveu Jacques, élu député en 1906.

BR

NOTICES CONNEXES : Robert Bouhier de L’Ecluse – Pierre de Chabot

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Saint-Aignan (de), Louis


SAINT-AIGNAN (de), Louis, Marie (Nantes, 10 fév. 1767-1er avr. 1837). Officier, parlementaire légitimiste puis orléaniste

Homme des monarchies postrévolutionnaires à Nantes, Louis de Saint-Aignan parvient à acquérir des positions politiques importantes à Nantes après avoir fait – au sens propre – rayé son émigration des listes en faisant mention. C’est que cet ancien officier royal, après un passage dans les rangs de l’armée de Condé et un exil suisse, sait très tôt se faire oublier, prenant un nom d’emprunt et attendant patiemment en Bretagne que la Révolution soit « fixée aux principes qui l’ont commencée ». Issu d’une famille bourgeoise normande, fils du seigneur de Saint-Aignan, frère de diplomate, il renaît à la vie publique sous la Restauration, acceptant la Mairie de Nantes en 1816. Il prend comme adjoints Gaspard Barbier, député, Roger de la Mouchetière, grand propriétaire, Louis-Hyacinthe Levesque et Alexandre Petit-Desrochettes, des négociants. Nommé préfet des Côtes-du-Nord en 1819, il est remplacé par à la Mairie par Levesque en 1819. Il reste toutefois actif en Loire-Inférieure, cumulant la fonction de président du collège électoral, avant d’être élu député, avec près de 70 % des suffrages exprimés, face à Dufeu. Durant ce premier mandat, il s’oppose aux deux lois d’exception, et vote contre le nouveau système électoral. Réélu dans la première circonscripton de l’arrondissement de Nantes, il se positionne plutôt à gauche, parmi les libéraux, et doit quitter la Préfecture. En 1824, il perd temporairement son mandat de député, battu par Levesque, qui recueille près de 52 % des suffrages. Réélu nettement contre Levesque (58 % des votes), il vote l’Adresse des 221, véritable déclaration de défiance contre Charles X. Lors du renversement du roi, en 1830, il soutient le nouveau régime. En retour, il est nommé préfet de la Loire-Inférieure, et abandonne son siège de député. Par la suite, il est fait Pair de France. Il y siège de 1832 à sa mort, dans les rangs orléanistes.

GB