Dictionnaire biographique


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Allanet, Henri


ALLANET, Henri (Bignan, 17 sep. 1897-Saint-Nazaire, 26 déc. 1992). Directeur d’hôpital, conseiller municipal SFIO

Le militantisme de Henri Allanet est long — un demi-siècle — et nourri, comme classiquement à gauche, de parcours tant syndicaux que politiques. Mais à l’exception de sa durée et de son statut de permanent politique, son parcours n’est pas non plus exceptionnel. Né à Bignan, près de Moréac, est fils de facteur. Travaillant à l’Hôpital de Saint-Nazaire, dont il devient le directeur, il est syndiqué à la Confédération générale du travail (CGT), dont il intègre la commission administrative départementale, en 1927. Au niveau local, Allanet est secrétaire adjoint de la CGT des employés de commerce et de l’industrie de Saint-Nazaire. Élu conseiller municipal en 1929 sur la liste François Blancho, il dirige dans le même temps la section nazairienne de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO). En parallèle, il s’implique au sein de la Ligue des droits de l’homme et du citoyen (LDH), devenant son vice-président local. Militant politique et syndical, Allanet est également l’une des plumes du Travailleur de l’Ouest, l’hebdomadaire départemental de la SFIO. Quelques jours avant la libération de la Poche, Henri Allanet intègre le Comité local de Libération (CLL), où il représente les socialistes, aux côtés de Jean Guitton. Membre du conseil municipal provisoire mis en place après la fin de la guerre, il est constamment réélu, ne quittant le conseil qu’en 1971. Syndicalement, il quitte la Confédération générale du travail pour sa scission trotskite : Force ouvrière. Après son décès, le nom d’Allanet est attribué à un square du centre-ville nazairien. Durant la cérémonie d’inauguration, un hommage est prononcé par Paul Malnoë, principale figure du syndicalisme nazairien d’après-guerre. Une biographie lui est est consacrée en 2006, intitulée Henri Allanet, un citoyen du XXe siècle. Une page de l’histoire de Saint-Nazaire. Par la suite, L’historien Claude Geslin lui consacre une notice dans Le Maitron, dictionnaire du mouvement ouvrier.

Gauthier BOUCHET

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Boucher d’Argis de Guillerville, Albert — Bouhier de L’Écluse, Robert


BOUCHER d’ARGIS de GUILLERVILLE, Albert (Lille, 1822-Carquefou, 1899). Propriétaire, maire légitimiste

Issu d’une famille noble trouvant ses origines dans le Lyonnais, il est le fils d’Antoine Boucher d’Argis de Guillerville, receveur fiscal originaire de Paris. Par sa femme, il se lie à la famille de légitimistes nantais, les Linssens de l’Epinay. En 1864, il est élu conseiller général de la Loire-Inférieure dans le canton de Carquefou. Il s’y implante alors. Laissant Edouard de Cazenove de Pradines tenter la députation en 1876 après avoir été approché par les légitimistes, il se porte par la suite candidat. Les journaux bonapartistes qui soutiennent son concurrent, Emile Gaudin, s’en font l’écho dans plusieurs articles parus début 1877. Ainsi, L’Union bretonne relate son investiture avec  condescendance : « La douairière édentée recommande la candidature de monsieur Boucher d’Argis. […] Elle aime à rire et à faire rire. Rions. » En février, Le Courrier de Bretagne, autre titre bonapartiste, s’émeut de la candidature de Boucher d’Argis, en qui il voit un diviseur à droite, et soutient nommément Gaudin : « À Nantes, [les journaux légitimistes] patronnent la candidature du royaliste monsieur Boucher d’Argis, contre celle de monsieur Gaudin. ». Le 3 février, L’Union revient à la charge en faisant finalement de sa critique explicite de Boucher d’Argis le pendant de la candidature dissidente du légitimiste de Pradines contre le bonapartiste Gaudin l’année précédente, dans la deuxième circonscription nantaise. Dans ce juste retour des choses, selon les bonapartistes, L’Union bretonne répond à un article de L’Espérance du peuple l’accusant de malmener ses candidats, « l’injure et la calomnie à la bouche ». En l’occurrence, L’Espérance évoque les moqueries des bonapartistes contre le seul Boucher d’Argis, ce que lui rappelle à dessein L’Union en insistant sur le fait qu’elle soutient de nombreux royalistes : « Ainsi, nous avons injurié les candidats de L’Espérance du peuple. […] Mais […] quels candidats ? Ce n’est pas monsieur de la Rochette. […] Ce n’est pas monsieur Jules de Lareinty. ». Au terme de cette énumération de royalistes soutenus, L’Union concède alors son inimitié à l’égard de Boucher d’Argis, en la revendiquant comme le juste prix des attaques, en 1876, des légitimistes contre la candidature de Gaudin : « Boucher d’Argis peut-être. […] L’an dernier, il fut un journal qui s’oublia au point de jeter à pleines mains l’outrage […] à un candidat honorable […] Le candidat injurié, c’était […] Gaudin. Le journal diffamateur, c’était L’Espérance. » L’antagonisme entre Gaudin et Boucher d’Argis durant la campagne de 1877 va par ailleurs croissant à mesure de certains incidents. L’un voit à Mauves les affiches de Gaudin être recouvertes par celles de Boucher d’Argis. Or, l’on apprend finalement que c’est le maire de Mauves lui-même qui a ordonné que soient masquées les affiches.  La campagne se tend également entre les deux hommes du fait de la diffusion d’un libelle anonyme et diffamatoire à l’égard de Gaudin, ce dernier promettant en octobre de poursuivre son auteur en justice une fois celui-ci découvert. Au reste, au-delà des partisans de Gaudin, Le Phare de la Loire, journal républicain, polémique lui-même avec Boucher d’Argis, en mettant en doute, le 5 octobre, qu’il ait été comme le revendique L’Espérance du peuple à l’initiative vote au conseil général de la construction des ponts de Thouaré et Mauves. Toutefois devancé au premier tour, avec à peine 21 % des suffrages exprimés, il préfère se désister en vue du second, et laisse ainsi gagner Gaudin en duel face à un républicain. En 1882, il gagne la Mairie de Carquefou, fonction qu’il cumule avec celle son mandat au conseil général, jusqu’à sa mort. Après sa disparition, le canton de Carquefou passe pour plus de trente ans aux idées bonapartistes, en étant tenu par le magnat industriel de Dion.

GB

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BOUHIER de L’ÉCLUSE, Robert (Les Sables, 18 oct. 1799-Paris, 24 jan. 1870). Officier, parlementaire légitimiste

Robert Bouhier de L’Écluse, issu d’une famille d’ancienne bourgeoisie poitevine, connaît ses premiers émois politiques dès l’adolescence, durant les Cent-jours, en s’engageant parmi les volontaires royalistes, contre le retour au pouvoir de Napoléon Ier. Par la suite aide de camp à l’inspection des gardes nationales en Charente-Inférieure , il monte à la capitale faire son droit et devient avocat. Substitut du procureur du roi, son premier geste hostile à la monarchie de Juillet consiste dans son refus de prêter serment. Ce geste, qui le fait redevenir simple avocat, entrave donc la progression de ce qui aurait normalement dû être une belle carrière. Lorsqu’il est élu comme député de la Vendée en 1848, il travaille en particulier sur les banques hypothécaires et les ateliers nationaux. À l’Assemblée constituante, il prononce par ailleurs un discours s’opposant au droit au travail. Réélu dans les rangs du Parti de l’Ordre, il se fait en mai 1851 le chef de file des légitimistes lors de la révision constitutionnelle. Il propose alors que soit élue une Constituante, dont il demande qu’elle rende « à la France ses lois fondamentales, ou plutôt qui se bornerait à les affirmer, ces lois n’ayant pu périr, car elles sont éternelles ». S’opposant au prince-président face à sa volonté de durer au-delà du terme de son mandat, il combat logiquement le coup d’État du 2-Décembre, protestant devant l’entrée — fermée — de l’Assemblée nationale, et voulant même manifester devant la Mairie du Xe arrondissement de Paris, sans cependant parvenir à temps sur les lieux. Cette opposition au prince Louis-Napoléon rend d’autant plus remarquable sa deuxième réélection, en 1852, dans la troisième circonscription de la Vendée. Cette nouvelle désignation par les électeurs n’est toutefois qu’un succès d’estime car, raide dans ses principes, Guy de Fontaine refuse initialement de prêter serment au président, avant de se raviser, pressé par Fortoul, ministre de l’Instruction publique. Dans la foulée, il condamne l’élection dans une circonscription voisine de la sienne de Saint-Hermine, candidat officiel, demandant un nouveau scrutin. Au final, son attitude hostile vis-à-vis du gouvernement lui vaut d’être exclue de la Chambre, devenue Corps législatif. A l’ouverture de la session de 1853, il refuse de nouveau le serment, cette fois en ne se rendant pas à la séance inaugurale, aux Tuileries. Écrivant par la suite au président du Corps législatif toute son opposition au nouveau régime — le Second Empire — il demande qu’il soit procédé à une lecture publique de cette diatribe, échoue dans sa tentative. Déclaré démissionnaire de facto par le président du Corps législatif, Billault, il lui est finalement donné deux semaines pour prêter serment. Les votes suivants de Bouhier de L’Ecluse sont déclarés inconstitutionnels, et son mandat s’achève par son refus définitif du serment à l’empereur.

GB

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Cazenove de Praines (de), Edouard — Chabot (de), Pierre — Colombel, Évariste — Cornulier-Lucinière (de) René, Alphonse


CAZENOVE de PRADINES (de), Edouard (Marmande, 31 déc. 1838-Pouliguen, 13 aoû. 1896). Député légitimiste

Édouard de Cazenove de Pradines naît à Marmande, sous-préfecture du Lot-et-Garonne, un département dans lequel il commencera sa carrière politique. Il est issu d’une famille de la noblesse gasconne qui ne paraît remonter au-delà de la première moitié du XVIe siècle et qui s’installe à Nantes, y établissant vers 1778 un hôtel particulier, dans l’actuelle rue Georges Clemenceau. Dévoué de bonne heure à la cause légitimiste, de Cazenove de Pradines est attaché à la maison du comte de Chambord, dont il devient le secrétaire personnel. Lors de la guerre franco-prussienne, il est soldat dans le corps de Charette et est grièvement blessé à Loigny, en Eure-et-Loir. Se remettant de sa blessure, il se porte candidat aux élections législatives de février 1871 dans l’arrondissement d’Agen, et est élu représentant du Lot-et-Garonne avec environ 55 000 voix sur 77 000 votants. Il est toutefois absent des premières séances, car encore alité. Il siège ultérieurement à l’extrême droite de l’assemblée, parmi les légitimistes intransigeants. En mai, alors que la Commune de Paris connaît son apogée, il dépose une proposition de loi demandant des prières publiques dans toute la France « pour supplier Dieu d’apaiser [les] discordes civiles et […] mettre un terme aux maux qui affligent [la France] ». L’Assemblée vote conséquemment l’urgence sur cette proposition, et l’adopte à une large majorité. Ultérieurement, durant la discussion de la loi relative à la construction à Paris d’une église consacrée au Sacré-Coeur, de Cazenove de Pradines demande l’insertion d’un article complémentaire par lequel l’Assemblée enverrait une délégation officielle assister à la pose de la première pierre. Mais cette motion est rejetée du fait des réticences du centre-droit, bien que Henri d’Artois, comte de Chambord, informé de cette initiative, félicite son ancien secrétaire avec force références johanniques, et en signant sa lettre de son nom de roi revendiqué, Henri : « Vous me connaissez trop pour attendre de moi une phrase banale sur votre énergique insistance dans la mémorable lutte dont vous êtes sorti, comme à Patay, le glorieux vaincu. Je vous félicite, je vous remercie et je vous embrasse, heureux d’ajouter au témoignage de ma conscience, celui de mon admiration et de ma vieille amitié. » Devenant l’un des secrétaires de l’Assemblée nationale, Cazenove intègre les Réservoirs, et vote de pair avec les légitimistes et une majorité de la droite en faveur de la paix avec l’Empire allemand, des pétitions des évêques, de l’abrogation des lois d’exil pour les Bourbons, du retour à Paris de l’Assemblée, du pouvoir constituant de celle-ci. Acceptant la démission d’Adolphe Thiers de la Présidence de la République en 1873, il vote par la suite le septennat, l’état de siège, la loi des maires, le renvoi du Ministère de Broglie, le rétablissement de la monarchie et l’adresse de félicitations au pape à propos du Syllabus. Opposé à l’ensemble des lois constitutionnelles, il s’abstient cependant sur l’amendement Duprat, relatif à l’élection du Sénat au suffrage universel. Sa candidature infructueuse en Loire-Inférieure, à la législative de 1876, est en réalité le début d’un long passage à vide dans sa carrière politique. Il échoue autant dans ce département, où il ne jouit d’aucune implantation et de beaucoup de critiques, à droite, notamment parmi les bonapartistes (il est en revanche soutenu par les légitimistes de L’Espérance du peuple) que dans le Lot-et-Garonne, dans son arrondissement d’attache à Agen. L’ancien député se tient par la suite à l’écart de la vie politique durant une dizaine d’années. Il est élu au conseil général de Loire-Inférieure en 1882, puis réélu député.

GB

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CHABOT (de), Pierre-Marie (Mouchamps, Vendée, 5 août 1887-11 jan. 1975). Parlementaire légitimiste

Pierre de Chabot appartient à la troisième génération des députés de la Troisième République, époque où les droites qui n’ont assimilé ni la République, ni la sécularisation de l’État apparaissent plus divisées que jamais en face d’un bloc de gauche et du centre qui se partage les ministères. Le parcours politique de Chabot est utile pour portraiturer le représentant conservateur de l’Ouest de la France, héritier de luttes politiques qu’il n’a pas connues, demeuré notable dans son département et combattu pour cela à Paris. Descendant d’un des nombreux rameaux de la maison de Chabot, jadis baron de Retz au XIVe siècle, sa famille a toujours résidé dans le bocage vendéen, à l’inverse des cousins Rohan-Chabot, domiciliés dans le Morbihan. L’attachement et le service à la maison de France permet à Constantin-Joseph de Chabot, arrière-grand-père de Pierre, de s’illustrer comme chef de division de l’armée vendéenne durant la Révolution. Son épouse, Zoé de Nicolaï, appartient également à une famille légitimiste. Comme tout notable qui jouit d’une autorité morale et sociale dans ses terres, Pierre entre dans son conseil général à la faveur des élections de 1924, représentant Les Herbiers. L’assemblée départementale est alors aux mains des gauches, très influentes autour de La Roche-sur-Yon et Fontenay-le-Comte. L’expérience de l’opposition est la seule que la vie publique lui accorde. Ainsi, en 1938, lors d’une élection législative partielle dans la deuxième circonscription de La Roche (Montaigu, Mortagne-sur-Sèvres, Aizenay), il est triomphalement envoyé à la Chambre contre son adversaire communiste, avec plus de 93 % des suffrages exprimés. Il s’inscrit alors dans le groupe de la Fédération républicaine, formation libérale et parlementariste, par certains aspects très proches du centre-droit. Cette affiliation n’a rien d’anodine : elle est le fruit d’un glissement dans la représentation de la droite à Paris. Lorsqu’il est élu, Contrairement à ses prédécesseurs, « vrais » légitimistes, Cabot n’a donc pas à prendre parti sur la validité des Lois constitutionnelles qui animent les débats dans le camp conservateur durant les premiers temps de la Troisième République. Tout autant et consécutivement, le climat délétère des violentes attaques gouvernementales sur la liberté de l’Église lui est étranger. En dépit de la fidélité traditionnelle des Chabot pour la Monarchie, Pierre se singularise par son affiliation libérale après son entrée à la Chambre. Il est, de fait, républicain. La force de ce nouveau courant à droite qu’il intègre, très proche de l’Action libérale populaire (ALP), est la conséquence de la rupture du bloc éponyme au cours des années 1920. La critique virulente du régime républicain par les néo-orléanistes de l’Action française (AF) et la mise à l’Index des ouvrages de Charles Maurras, son maître à penser, participent à dégager une droite libérale volontiers catholique, fort de près de deux cents députés d’un côté, et une droite néo-monarchiste, plus discrète sur la défense de l’Église et dont les élus, fort isolés, sont de plus en plus rares. Ayant voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain (1940), il ne manque pas d’agir courageusement en cachant des juifs durant l’Occupation – ce qui le fait, par la suite, être déclaré « Juste parmi les Nations » – et quitte tout mandat électif à la Libération.

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COLOMBEL, Évariste (Nantes, 2 fév. 1813-22 nov. 1856). Avocat, parlementaire républicain

Figure centrale du parti républicain à Nantes sous la monarchie de Juillet, Évariste Colombel est, avec Ange Guépin et René Waldeck-Rousseau, l’un des artisans de la républicanisation précoce de la Loire-Inférieure, autour de sa préfecture, ville portuaire et industrielle. Sa vie brève n’en est pas moins richement dotée sur le plan professionnel et politique, le hissant jusqu’aux rôles de bâtonnier de Nantes et de président du conseil général de la Loire-Inférieure, mais, surtout, de maire de Nantes, lors d’un « court mandat, dans un contexte politique incertain », relèvent les Archives municipales dans la notice biographique qu’elles lui consacrent. L’œuvre d’Évariste Colombel parmi les républicains ligériens est d’ailleurs reprise et amplifiée par son fils, Georges-Évariste, né en 1838 et devenu maire sous la Troisième République. Le père, dont nous traitons ici, fils d’un avocat puis juge au tribunal civil de Nantes, naît sous la Restauration, à laquelle s’oppose résolument sa famille. Élève au Petit séminaire puis au Collège royal — actuel lycée Clemenceau de Nantes — à partir de 1828, Colombel se spécialise dans le droit et devient avocat. Par la suite, il devient bâtonnier à deux reprises. En parallèle, il agit politiquement, dans l’opposition, désormais, à une monarchie parlementaire. Après une présidence éphémère du conseil général, il entre ainsi au conseil municipal de Nantes en 1843, où il devient adjoint au maire, Ferdinand Favre, au bout de quelques mois. Démissionnaire un an plus tard, il est rapidement élu député, au sein du collège électoral de Paimbœuf. Républicain de conviction, il œuvre logiquement à Nantes lors des journées révolutionnaires de février 1848 pour y installer le Gouvernement provisoire, lequel le nomme maire, en mars. Il prend comme adjoints principaux des républicains modérés : Bertin, Chérot, Ériau, Huette, Lacombe. Désormais lié au régime, il se dissocie des éléments les plus révolutionnaires de la bouillonnante mouvance républicaine. En juin, il organise ainsi l’envoi de volontaires nantais pour réprimer l’insurrection qui se joue à Paris. Le 24, il déclare aux Nantais dans une proclamation cosignée avec ses adjoints que pour lui, la République ne s’envisage pas sans ordre : « En présence des événements de Paris, le devoir de vos magistrats est tout tracé ! Ils maintiendront, avec le concours de la Garde nationale et de tous les bons citoyens, ce qui existe, ce que la France entière a proclamé : la République, qui n’est que le progrès dans l’ordre. Ayez confiance en nous ! Nous ne manquerons pas à ce que des circonstances graves nous imposent à la fois, de prévoyance, de modération et de fermeté. » La situation se tassant, Évariste Colombel se notabilise et conforte son pouvoir à Nantes. Mais son mandat est marqué par un fort chômage et des difficultés économiques. Pour y remédier, il aide les ouvriers en leur fournissant du travail dans les travaux publics : l’achèvement du cour Cambronne, la construction du marché du Bouffay, des églises Notre-Dame-du-Bon-Port et Saint-Nicolas, du chemin de fer Paris-Nantes et de la poissonnerie. La visite dans la capitale bretonne du nouveau président, Louis-Napoléon Bonaparte, en 1849, est l’un des grands événements de son municipe. L’Empire rétabli, celui-ci le révoque, et remet Favre en selle. Pour agir, Colombel ne dispose guère que de la Société académique de Nantes et de la Loire-Inférieure, qu’il préside régulièrement depuis 1847. De santé fragile, il meurt à son domicile nantais, rue de la Poissonnerie (actuelle rue de la Paix), sur l’île Feydeau. Il est enterré au cimetière de la Bouteillerie, dans l’Est de Nantes.

GB

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CORNULIER-LUCINIERE (de), René, Alphonse (15 avr. 1811, Joué-23 mars 1886, Paris). Député légitimiste

Né au château de Lucinière, il est le fils du maire de Nort-sur-Erdre. Petit-fils de Gabriel d’Oiliamson, il appartient à une famille noble — les Cornulier-Lucinière — remontant au moins au XVIe siècle et mêlée par ailleurs au clergé breton (comprenant notamment un évêque de Rennes et un abbé de Blanche-Couronne, à La Chapelle-Launay). L’un de ses ancêtres, Pierre de Cornulier, est le quatrième maire de Nantes, de 1569 à 1570. Son frère, Hippolyte de Cornulier-Lucinière, entame une carrière politique qui le conduit jusqu’à la députation. Il entre en 1825 en classe préparatoire au collège royal de Nantes. Admis au collège de la Marine d’Angoulême, il devient officier de marine. En 1831, René de Cornulier-Lucinière fait successivement campagne en Méditerranée, dans le Pacifique et au Portugal, puis prend part à l’expédition française en Algérie, notamment à la prise de Bône (actuelle Annaba). Il est à Bougie — actuelle Béjaïa — quand celle-ci est prise par le général Trézel. Enseigne de vaisseau (1835), il part en Islande puis au Groënland, navigue dans l’océan Indien avant que de revenir en Loire-Inférieure, affecté à l’arsenal d’Indret afin d’étudier les premières machines à vapeur. De retour par la suite au Portugal et naviguant jusqu’en Guyane, il revient de nouveau à Indret en. Malgré ses opinions légitimistes, il reste dans l’armée sous la monarchie de Juillet, montant patiemment en grade, jusqu’à devenir contre-amiral. Capitaine de frégate en 1852, il fait la guerre de Crimée l’année suivante, prenant notamment part à l’attaque des forts de Kinbourn (actuelle Ukraine, à l’estuaire du Dniepr) et perdant son frère durant le siège de Sébastopol. Capitaine de vaisseau par la suite, il commande la division navale du Pacifique puis le navire-école Le Borda, tout en intégrant le Conseil d’Amirauté et la frégate L’Invincible. Il est promu contre-amiral en 1868 et commandant de la division navale des mers de Chine l’année suivante, intervenant dans la vallée du Yang-Tsé-Kiang en appui aux missionnaires français et dans le cadre des manœuvres de délimitations frontalières entre Cambodge, Cochinchine et Siam. Après avoir été nommé gouverneur de Cochinchine et, semble-t-il, risqué sa vie dans un certain nombre de combats, il prend finalement sa retraite en 1873. Membre du conseil supérieur de l’Instruction publique au lendemain de sa retraite de la marine, il intègre également le comité nantais de défense de l’Université catholique d’Angers. Espérant secrètement une restauration monarchique, René de Cornulier-Lucinière soutient l’action du président de Mac Mahon, pensant qu’il constitue un compromis acceptable en attendant le retour du roi. En février 1874, alors qu’il est retraité de la marine depuis quelques mois, la Mairie de Nantes lui est proposée alors que plusieurs conseillers municipaux ont démissionné après la décision du préfet de Loire-Inférieure Lavedan de nommer le maire et ses adjoints en dehors du conseil. René de Cornulier-Lucinière accepte alors de devenir maire. Il reçoit alors officiellement le président de Mac Mahon. Mais les républicains sont majoritaires à l’élection municipale de décembre, comme depuis 1865. René de Cornulier-Lucinière est alors remplacé par Julien-Charles Lechat, conseiller municipal républicain nommé par décret présidentiel. Lors de l’élection législative de 1877, René de Cornulier-Lucinière tente sa chance contre le seul député républicain de Loire-Inférieure : Charles-Ange Laisant, élu l’année précédente dans la première circonscription de l’arrondissement de Nantes. Cette campagne est pour lui un échec. Abandonnant la politique, il voyage en Extrême-Orient.

GB

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Escurat, Bernard


ESCURAT, Bernard (Sainte-Marie-Lapanouze, 11 déc. 1865-Saint-Nazaire, 2 fév. 1962). Instituteur, élu de la SFIO

Figure tutélaire du socialisme nazairien, Bernard Escurat est un militant complet, consacrant sa vie à la gauche socialiste, puis l’exercice concret d’un socialisme municipal dans sa ville, à travers ses engagements successifs de candidat d’opposition puis d’élu majoritaire mais aussi, plus largement, son implication dans le syndicalisme enseignant et la franc-maçonnerie. Originaire de Corrèze, il est fils d’agriculteur. Après une jeunesse à Angoulême, il fait son Service puis se destine à l’enseignement. Sa première affectation, en 1890, le fixe définitivement en Loire-Inférieure, à Plessé, puis à Blain et à Couëron. Nommé par la suite à l’école Ferry de Saint-Nazaire, il s’implique dans le combat pour la laïcité et cofonde à ce titre le Syndicat départemental des instituteurs (SDI). Là où il enseigne, il a notamment comme élève un orphelin, François Blancho, amené à devenir la principale figure de la gauche nazairienne au XXe siècle. Militant pionnier du mouvement socialiste en Loire-Inférieure, il contribue à la création de la Fédération socialiste de Bretagne (FSB) en 1905 aux côtés de Henri Gautier, l’un des premiers élus socialistes de la Loire-Inférieure, tout en s’impliquant dans un embryon de syndicalisme coopératif, au sein de la Ruche nazairienne. Adhérent logique à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) — militance qu’il complète par une participation assidue aux activités de la Ligue des droits de l’homme et du citoyen (LDH), successivement comme trésorier, puis secrétaire et enfin président — il participe par ailleurs à la création du Travailleur de l’Ouest. Colistier de Gautier en 1919, abandonnant par surcharge de travail la présidence de la LDH nazairienne au profit de Maumenée, il figure parmi les neuf élus socialistes du nouveau conseil municipal. Blancho vainqueur, il devient son premier adjoint, en charge de l’éducation, et le remplace durant son Ministère puis, sous l’Occupation. De sa proximité avec Blancho, ministre du Front populaire, il tire une Légion d’honneur, en 1938. Proche de la direction fédérale de la SFIO, il cumule pendant plusieurs années son mandat municipal avec le conseil d’arrondissement, puis lâche ce dernier au profit de son collègue socialiste Julien Lambot, maire de Trignac. Dédiant son mandat aux sujets de l’enseignement, il développe les infrastructures à Saint-Nazaire (notamment à Heinlex), prône le prolongement de la scolarité obligatoire jusqu’à seize ans et évoque ses réticences quant au travail des femmes, expliquant devant le Congrès des maires de France qu’il est selon lui « démoralisant de voir un homme sans travail venir solliciter un secours, alors que la femme d’à côté va travailler« . Au-delà de sa délégation à l’éducation, il pose les jalons du socialisme municipal nazairien, oeuvrant au développement des habitations à bas moyen (HBM) et aux loisirs populaires. En dépit de sa position enviable dans la majorité municipale nazairienne, ces années d’entre-deux guerres sont également pour lui marqué par de réguliers échecs à des scrutins de toutes sortes, notamment sénatoriaux et législatifs ; Blancho est en effet prioritaire parmi le quota nazairien de la liste législative départementale, et la droite contrôle encore toute la représentation de la Loire-Inférieure au Sénat. Réélu en 1945, Escurat est désormais le doyen du conseil municipal. Mais il ne participe pas à la liste Grenapin-Blancho qui tente de redonner la Mairie à ce dernier, et y parvient d’ailleurs, malgré la bronca communiste et le soutien paradoxal des droites. Honoré en 1950 pour son parcours militant par la SFIO nazairienne, il demeure simple adhérent par la suite. Après sa mort, son nom est attribué à une école primaire de Saint-Nazaire, désormais démolie, située près du gymnase de Reton (actuel gymnase Fabry).

GB

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Gallet, Frédéric — Ganachaud, Raymond — Gouge, Henri — Guitton, Jean


GALLET, Frédéric (Saint-Nazaire, 5 juin 1913-14 juil. 1987). Instituteur syndiqué au SNI, conseiller municipal PCF

Frédéric Gallet naît dans une famille ouvrière de Saint-Nazaire. Instituteur à partir de 1932 après une formation à l’Econe normale d’instituteurs (ENI) de Savenay, il est successivement affecté à Saint-Malo-de-Guersac, Saint-Joachim et Trignac, et prend sa carte au Syndicat national des instituteurs (SNI). Durant son service militaire, il participe au fameux meeting du stade Buffalo, fondateur du Front populaire, ce qui lui vaut deux mois de prison. Adhérent du Parti communiste-Section française de l’Internationale communiste (PC-SFIC), il est à la fois nommé comme responsable départemental de l’Union des jeunesses agricoles de France — nouvelle organisation satellite des Jeunesses communistes (JC), destinée au miieu paysan — et secrétaire du bureau nazairien du Front populaire, en 1938. Au gré de ses rencontres, il forme un couple militant avec Marthe Robert, elle-même institutrice. Secrétaire de la SFIC-PC nazairienne à partir de 1939, il est mobilisé puis fait prisonnier de guerre dans la région de Montmédy. Ratant son évasion, il est envoyé en camp de concentration à Rawa-Ruska, en Pologne. Dans le même temps, son père meurt à la suite des bombardements alliés de Saint-Nazaire. Rapatrié en 1945, il reprend son métier ainsi que la gestion du PC nazairien. Il est à ce titre élu conseiller municipal, aux côtés de sa femme. Il intègre alors les commissions municipales de l’enseignement et de l’attribution des bourses. Partageant l’opinion du PCF nazairien sur la nécessité d’un « parti unique du prolétariat », à tout le moins, d’un rapprochement électoral avec les socialistes, il débat à Pornichet avec le socialiste André Le Tallec, « étape de rapprochement » selon La Clarté, l’hebdomadaire départemental du PCF. Candidat lors des élections législatives de 1951 sur la liste d’ Union républicaine résistante et antifasciste, pour la paix, contre la misère et la guerre (PCF et apparentés), quelques mois après avoir lâché la direction du PCF nazairien, il n’est pas élu. Localement, Albert Le Perron, chaudronnier et responsable de la cellule Tuyauterie du PCF des Chantiers de l’Atlantique, le remplace. Toutefois réélu conseiller municipal, il conserve ses commissions et devient désormais délégué au conseil d’administration du Musée de Saint-Nazaire, au comité de gestion du Parc municipal des sports, tout en ayant une suppléance au coneil de discipline des employés et ouvriers municipaux. Il échoue toutefois à intégrer la majorité municipale socialiste de François Blancho. Gallet quitte le conseil municipal en 1959. Toujours adhérent communiste par la suite, il poursuit son engagement militant en tant que membre du secrétariat du SNI nazairien, administrateur de la Fédération des amicales laïques (FAL) de la Loire-Atlantique. Il participe de même aux activités du Mouvement de la paix (MDLP) et du Secours populaire. Le dictionnaire ouvrier Maitron lui consacre une noctice biographique en 1977, à partir de renseignements fournis à Jacques Girault, universitaire spécialiste du communisme. Les témoignages de sa veuve aident par ailleurs à la mise à jour de cette noctice.

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GANACHAUD, Raymond (Saint-Nazaire, 14 sep. 1911-Toulon, 6 juil. 1990). Instituteur, conseiller municipal

Fils d’un tapissier et d’une domestique, Raymond Ganachaud est instituteur, membre du Syndicat national des instituteurs (SNI). Nazairien de naissance mais résidant initialement à Saint-André-des-Eaux, il revient à Saint-Nazaire après son mariage, vivant place Laborde. Vers 1935, il adhère au Parti communiste-Section française de l’Internationale communiste (PC-SFIC). Révoqué, puis mobilisé, il revient à Saint-Nazaire après la débâcle, et semble alors se retirer de ses engagements, se tenant « dans une prudente réserve », selon la Police. Désormais ouvrier à la Base sous-marine, il participe à des sabotages. Arrêté en 1942, il passe le reste de la guerre en internement. Après la fin de la Poche, il intègre le Comité départemental de Libération (CDL) puis le conseil municipal provisoire de Saint-Nazaire. Démissionnaire dès la séance inaugurale, comme tous les élus du PCF, en protestation contre François Blancho — qui tente alors de redevenir maire, et à qui il reproche le vote des pleins pouvoirs à Philipe Pétain — il progresse au sein du PCF nazairien, en devenant son secrétaire de section. Candidat à l’élection cantonale d’octobre 1945, il échoue toutefois face au candidat de la SFIO ; il manque de même par la suite la députation, car trop bas (cinquième) sur la liste départementale du PCF. Aspirant à l’union de la gauche entre communistes et socialistes — l' »espoir des amis du peuple« , selon lui — il est candidat tête de liste de l’Unité pour la renaissance de Saint-Nazaire et la défense des intérêts (PCF et apparentés) et, en conséquence, réélu conseiller municipal avec six autres colistiers et 19 % des suffrages des exprimés. Il échoue toutefois à gagner une position arbitrale empêchant la réélection de Blancho (non investi par la SFIO départementale, mais soutenu par sa section), laquelle est en fait acquise avec le vote à front renversé des élus des droites : le groupe MRP et, surtout les gaullistes du RPF. Ganachaud et ses camarades ne parviennent pas davantage à intégrer la majorité, échouant à obtenir les postes d’adjoints spéciaux. Il reste au conseil municipal de Saint-Nazaire jusqu’en 1955, puis est muté dans Var, à sa demande. Il est alors directeur du collège de Cuers, près de Solliès-Pont. Résidant à Toulon, rue Sainte-Christine, il meurt en 1990 et fait don de son corps à la science. Ganachaud, syndicaliste, militant et élu, et aussi une des grandes plumes du communisme d’après-guerre dans l’Ouest, contribuant régulièrement à Clarté, l’hebdomadaire du PCF de la Loire-Inférieure. Outre ses saillies contre Blancho, il y critique également abondamment les droites, autant les gaullistes que les modérés du Mouvement républicain populaire (MRP), dont il remarque avec lucidité mais inquiétude les attraits sur l’électorat féminin. Marié à une comptable, Léone Le Lannio, il a un fils et une fille.

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GOUGE, Henri (Bordeaux, 22 juil. 1905-Saint-Nazaire, 11 déc. 1969). ouvrier industriel, élu local du PCF

Natif de Bordeaux, Henri Gouge est fils d’un mécanicien de la Marine et d’une femme de ménage. Dès quatorze ans, il s’engage aux Chantiers maritimes du Sud-Ouest et devient tourneur-ajusteur puis dessinateur industriel grâce à quatre années de cours du soir. Après son service militaire, il adhère aux Jeunesses communistes (JC) en 1924, il intègre le Syndicat unitaire des métaux de Bordeaux, communiste car dirigé par la Confédération générale du travail (CGT), et en devient l’un des principaux animateurs. Candidat malheureux au conseil d’arrondissement de Bordeaux puis au conseil général de la Gironde, Gouge est nommé secrétaire régional du Parti communiste-Section française de l’Internationale communiste (PC-SFIC) et entame dès lors un parcours classique d’apparatchik, tout en conservant un pied aux Chantiers : délégué à la conférence nationale du PC-SFIC, secrétaire de la cellule communiste de ses chantiers. Mobilisé en 1939, il est toutefois interné préventivement avant même la débacle, au camp de Cayeux, compte tenu de son appartenance au PC dans le contexte du Pacte germano-soviétique. Balotté de camp en camp, il s’évade de Saint-Sulpice-la-Pointe, dans le Tarn. Entré en résistance, il reste dans la région de Castres et intègre les Francs-tireurs et partisans (FTP), puis part à Paris. À la Libération, le PCF l’envoie en Loire-Inférieure, dont il dirige désormais la fédération. Fort de sa position nouvelle, il obtient la tête de liste départementale du Parti communiste. Sa liste, intitulée « Union nationale et républicaine de la Résistance », termine première sur huit avec pratiquement 38 % des suffrages exprimés et lui permet ainsi d’être élu député, en octobre 1945. Il est alors nommé à la Commission de la reconstruction et des dommages de guerre. En 1946, Gouge dépose un rapport parlementaire sur le projet de loi relatif aux réclamations nées à l’occasion des réquisitions allemandes en matière de logement et de cantonnement. Il prend part par la suite à la discussion du projet de loi portant fixation du budget général de l’année, en ce qui concerne la reconstruction et l’urbanisme. Grâce à son mandat, devenu juge à la Haute-cour de Justice, qui s’occupe des faits de collaboration, il semble toutefois mal agir durant cette période, à tel point que le bureau politique du PCF le brime pour avoir « manqué de responsabilité et de classe, et s’être laissé impressionné par des arguments juridiques ». Mal réélu — moins de 13 % des suffrages, avec sa liste en quatrième position — il recouvre toutefois sa place en Haute-cour. Demeurant dans sa commission, il intègre par ailleurs celles de la Marine marchande et des Pêches. En 1947, Gouge dépose alors des rapports sur des propositions de lois relatifs à l’amélioration de la situation des pensionnés de la Caisse de retraite des marins. Il oeuvre à la gratuité des appareils de prothèse pour les mutilés du travail inscrits maritimes ainsi qu’à une proposition de résolution tendant à l’amélioration des pensions des marins du commerce, ainsi qu’au projet de loi portant organisation de la Marine marchande. En 1950, il dépose une proposition de loi concernant le remboursement de travaux exécutés par les locataires dans un immeuble sinistré et oeuvre à réparer les calamités dues aux averses de grêle dans son département. Il choisit de quitter la Chambre en 1951, puis reste en région parisienne. Il meurt à Couhé-Vérac (actuelle Valence-en-Poitou), près de Lusignan. En 2009, Claude Pennetier lui consacre une courte notice dans l’édition numérique du Maitron, dictionnaire du mouvement ouvrier

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GUITTON, Jean (Guenrouët, 20 sep. 1906-Saint-Nazaire, 17 oct. 1984). Fonctionnaire des Impôts, député SFIO

L’amitié fidèle à François Blancho, député-maire socialiste de Saint-Nazaire, caractérise Jean Guitton sur le temps long. Les carrières des deux hommes sont entremêlées, le cadet tirant indirectement profit des déboires politiques de l’aîné, récupérant sa Mairie, puis son siège de député, lui redonnant ensuite son municipe pour devenir son premier adjoint. Militant discipliné et discret, Guitton n’intervient guère devant les instances de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) — congrès et conseils nationaux — si ce n’est, principalement, après-guerre dans une défense désespérée de Blancho, compromis fait de maréchalisme. Guitton, originaire de Guenrouët, près de Pontchâteau, est fils de cheminot. Il vit à Saint-Nazaire jusqu’à l’âge de sept ans. Il part ensuite à Auray, y effectue ses études, obtient son brevet en 1923, est exempté de service militaire et entre à la Trésorerie du Morbihan. Titularisé, il est successivement affecté à Paris, Montreuil-Bellay et Vallet. Définitivement affecté à Saint-Nazaire, Guitton s’investit dans la vie politique locale, intégrant la Confédération générale du travail (CGT) et la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO). Au sein de la CGT, il fait partie du comité central du Syndicat des personnels du Trésor de France et des colonies. Élu conseiller municipal en 1935, il démissionne de son mandat sous l’Occupation. Son appartenance à la franc-maçonnerie le conduit alors à être répertorié par le Service des sociétés secrètes. Il entre alors en résistance, dans Libération-Nord, tout en continuant à oeuvrer pour les SFIO et CGT clandestines. Arrêté en 1942, Guitton passe ensuite dans la clandestinité et fuit la Poche par Cordemais. La BBC le tient alors pour mort. A la Libération, il devient le numéro deux départemental de la SFIO. Représentant la SFIO de la Loire-Inférieure à la conférence des secrétaires fédéraux en janvier 1945, il devient dans la foulée secrétaire de la section nazairienne, avant même la libération de la Poche. Président du Comité local de Libération (CLL), il cumule les honneurs : chevalier de la Légion d’honneur, médaillé de la Résistance et, même, officier de l’Empire britannique. Favorable à la réintégration de l’ancien député-maire Blancho à la SFIO, il se voit opposé une fin de non-reçevoir lors du XXXVIIe Congrès national. En conséquence, il est exceptionnellement candidat à la Mairie, en septembre 1945 et, dans le même temps candidat victorieux au conseil général. Désigné maire, il participe par la suite aux législatives en tant que deuxième de liste et intègre de la sorte l’Assemblée constituante. Réélu député en 1946 après l’échec du référendum constitutionnel, il pâtit des nouveaux statuts fédéraux de la SFIO, qui interdisent le cumul d’un mandat parlementaire et d’une Mairie. François Blancho n’étant pas encore absous, il doit laisser la place à son premier adjoint, Pitre Grenapin. Blancho regagnant toutefois la Mairie en 1947, Guitton devient son premier adjoint. Se consacrant désormais avant tout à sa carrière parlementaire, il intègre l’exécutif du groupe SFIO et, surtout, les Commission de la Reconstruction et de la Marine marchande. De là, il tente de moderniser et rationaliser la construction navale. Globalement fidèle à la discipline de pati, il ne s’en écarte que rarement, refusant surtout la Communauté européenne de défense (CED) et l’investiture de Charles de Gaulle, puis les pleins pouvoirs. Le raz-de-marée gaulliste de 1958 a d’ailleurs raison de lui. Par ailleurs affaibli par un trouble rénal, Guitton se rabat alors sur son siège de conseiller général, toutefois entravé par des communistes virulents. Ceux-ci manquent de le faire chuter, à telle enseigne que Guitton est le seul conseiller général socialiste de la Loire-Inférieure. Il quitte le conseil général en 1967. Marié à Suzanne Geneton, il a deux enfants.

GB

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HAZO, André (Trignac, Loire-Inférieure,15 jan. 1919-id., 13 nov. 1991). Ajusteur dans l’aéronautique. Maire SFIO.

André Hazo est le fils de François Hazo, ouvrier-pocheur, conseiller municipal socialiste de Trignac durant l’entre-deux guerres. Apprenti-mécanicien au garage Arnaud, dans le quartier nazairien de Penhoët, il commence sa vie professionnelle comme ajusteur à la Société nationale de construction aéronautique u Sud-Ouest (SNCASO). Il remporte la Mairie de Trignac — à gauche depuis la Grande guerre — près de Saint-Nazaire, en 1947. Cette victoire est acquise non sans mal, car, dans cette commune, le PCF monte à 25 % des suffrages exprimés dès le premier tour de scrutin. Le site Internet de la Mairie de Trignac rappelle à juste titre combien Hazo « est le maire incontesté de la reconstruction de la ville ». Sous son municipe, en 1955, est inauguré le nouvel hôtel de ville, qui sert également de bureau de poste. Il est principalement connu à Trignac pour avoir changé les plaques de noms de rues et créé de nouvelles dénominations de voirie s’inspirant de grande figures de la gauche (Blum, Brossolette, Combes, Lagrande, Parmentier, Vinçon…), d’avoir doté les maisons de numéros et développé la signalisation routière. Les Trignacais lui doivent également d’avoir sommé la Coopérative pour la construction de la nouvelle église de la commune (Saint-Éloi) après la destruction de l’ancienne, durant les bombardements alliés. Politiquement, après ne pas être parvenu à gagner le canton de Blain, en tandem avec Paul Barillot, fonctionnaire des Chemins de fer, un échec à la députation dans la septième circonscription de la Loire-Inférieure, qui couvre Guérande (Saint-Nazaire étant prise par Jean Guitton, député sortant) avec l’ouvrier industriel Guy Le Bayon comme suppléant, il ne parvient pas à être élu sénateur lorsqu’il s’y essaie, en 1959. A cette époque, qui est celle de la guerre d’Algérie, André Hazo agit aux côtés d’Alexandre Hébert, secrétaire de l’union départementale Confédération générale du travail-Force ouvrière (CGT-FO) pour faire imprimer clandestinement le journal militant de l’indépendantitste Messali Hadj, avec les moyens de FO. Après deux réélections, il laisse la main en 1965 à Pierre Glotin et, déjà, l’électorat communiste grossit à Trignac (35 % des suffrages), semblant annoncer à terme une perte de la Mairie par les socialistes. Il s’oriente alors vers le journalisme. Candidat à l’élection législative de 1968 dans la circonscription de Guérande, il n’est pas élu. Après son décès, son nom est attribué à une école du centre-ville trignacais.

GB

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Juigné (de), Charles-Étienne


JUIGNÉ (de), Charles-Étienne, Gustave (Paris, 15 juin 1826-13 oct. 1900). Comte, parlementaire légitimiste.

Le comte de Juigné est l’archétype du propriétaire conservateur de la fin du XIXe siècle, de ceux que les historiens républicains qualifient initialement de « hobereaux ». Héritant d’un domaine de plus de neuf cents hectares autour du château du Bois-Rouaud (à cheval entre les communes de Saint-Hilaire-de-Chaléons et de l’ancienne commune de Chéméré, près de Machecoul) ainsi que de la propriété du lac de Grand-Lieu, il dispose d’une grande autorité dans le Pays de Retz, tant il y représente le figure nodale de l’équilibre politique et religieux dans une France en plein balbutiement institutionnel. Sur ce point, la famille de Juigné, qui a donné des pairs sous la Restauration, choisit l’abstention après la chute de Charles X, ne versant ni dans le combat parlementaire, ni dans les équipées incertaines de la duchesse de Berry. Toutefois, abstention ne veut pas dire mutisme. Conscient des mutations économiques qui autorisent l’embellissement des terres agricoles (on songe, en Loire-Inférieure, à l’abbaye de Melleray et au domaine du Grand-Jouan, à Nozay), le comte de Juigné participent à la mise en valeur de ses exploitations céréalières mais aussi chevalines. A l’instar de son grand ami, le prince d’Arenberg, il fait bâtir attenant à son château du Bois-Rouaud des haras de grande renommée qui assouvissement la passion du comte pour les courses hippiques. Tout autant préoccupé de l’enclavement du pays de Retz, il milite au sein du conseil général – dont il est membre depuis 1865 – pour l’arrivée du chemin de fer sur la rive gauche de la Loire. Il demeure l’un des grands soutiens du projet, ayant lui-même constitué la société de financement de l’entreprise. Plus localement, il se consacre à la valorisation de « son » lac, en avançant l’idée d’un assèchement partiel qui échoppe face à la résistance d’une partie des populations et de la petite noblesse. Au niveau national, Juigné fait partie des nombreux novices de l’exercice parlementaire. Légitimiste, il se révèle rapidement comme un sympathisant des entreprises les plus intransigeantes : il fréquente occasionnellement la Réunion des Chevau-légers, partisans acharnés du comte de Chambord lors des campagnes monarchiques de 1871 et 1873. Cependant, et contrairement à nombre de ses confrères, il choisit de se représenter lors des premières législatives (1876) qui suivent le vote des lois constitutionnelles (1875). Bien que demeuré monarchiste et conscient de l’impossibilité d’une restauration, il prend la charge législative comme un outil pour obtenir des subsistes pour la modernisation de l’arrondissement de Paimbœuf, qu’il représente sans discontinuité pendant deux décennies. Séduit un temps par l’idée révisionniste du général Boulanger, il apparaît lors de l’affaire du Ralliement, l’un des derniers royalistes de l’hémicycle. Ne se représentant pas en 1898, il est élu sénateur la même année. Ne s’étant jamais marié, il lègue sa fortune, son château et son héritage politique à son neveu Jacques, élu député en 1906.

BR

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La Pervenchère (de), Pierre


LA PERVENCHERE (de), Pierre (Nantes, 1er mars 1837-Casson, 26 nov. 1881). Officier, parlementaire légitimiste

Riche propriétaire à Châteaubriant et Pléchâtel, il s’agit du petit-fils d’un ancien maire de Nantes. Pierre de la Pervenchère s’engage dans une carrière militaire. De sensibilité légitimiste, il est candidat malheureux au Corps législatif en 1869, dans la troisième circonscription de la Loire-Inférieure. Soutenu par L’Espérance du peuple, il recueille un peu plus de 38 % des suffrages exprimés, face à Joseph Simon, candidat officiel du gouvernement impérial. Durant la guerre franco-prussienne, La Pervenchère commande un régiment de la Garde nationale. Pour cela, il est fait chevalier de la Légion d’honneur. La défaite lui permet paradoxalement de percer en politique. En effet, il est intégré à la liste législative unitaire de « fusion cléricale » qui voit le jour en Loire-Inférieure, en 1871. En quatrième position, il est alors élu représentant du département à l’Assemblée nationale, avec un total d’environ 67 000 voix. Légitimiste modéré, il s’inscrit à la Réunion des Réservoirs. Il vote notamment pour la paix avec l’Empire allemand, ainsi qu’en faveur de l’abrogation des lois exilant les anciennes régnantes, de la pétition dîte « des évêques » et le ministère de Broglie. Partisan de la démission d’Adolphe Thiers en 1873, il vote par la suite le septennet présidentiel et refuse tant l’amendement Wallon que les lois constitutionnelles fondatrices de la Troisième République. Il s’oppose de même au nouveau service militaire de trois ans. Lors de l’élection législative de 1876, il ne se représente pas. Marié à une nièce de l’ancien député-maire libéral de Carquefou Félix Cossin. Sa fille se marie un Cornulier, grande famille légitimiste de la Troisième République. Il meurt à Casson, près de Nort. En 1891, le dictionnaire Cougny-Robert des parlementaires le présente comme « ayant prit sa place à droite« , loin de l’image centriste lui étant parfois accolée.

GB

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Émile Mellinet — André Morice


MELLINET, Émile, Henry (Nantes, 1er juin 1798-id., 20 jan. 1894). Officier dans l’Armée, sénateur impérial

Petit-fils d’un député de la Convention, fils d’un général d’Empire, Émile Mellinet est militaire de carrière. Sa grande longévité — il meurt presque centenaire — fait de lui l’un ces derniers officiers des guerres napoléoniennes encore en vie et, ultimement, lui donne une seconde carrière, politique, sous le Second Empire. Encore adolescent, il prend part aux sièges de Paris et de Metz comme lieutenant dans les gardes nationales d’active de la Loire-Inférieure, et est blessé deux fois à la cuisse. Adulte, il prend part à l’expédition d’Espagne (1823) contre les libéraux et, de nouveau blessé à Saint-Sébastien, est promu lieutenant d’infanterie légère. Affecté au 5e régiment d’infanterie de la garde royale, il est ensuite breveté capitaine, puis chef de bataillon au 35e régiment d’infanterie de ligne, et comande un régiment de chasseurs à pied. Il combat par la suite neuf ans en Algérie, et, distingué par le gouverneur général, Thomas Bugeaud (« un officier supérieur plein d’instruction et d’honneur ») est promu colonel du 1er Régiment étranger en 1846. De retour en métropole, il est nommé comme général de brigade puis de légion, part en Crimée et est blessé de nouveau au siège de Sébastopol par un éclat d’obus qui lui laisse à vie une balafre à la joue gauche. Après avoir pris part à la campagne d’Italie dans de grandes difficultés, il est mis dans une semi-retraite et intègre, en 1863, le commandement supérieur des gardes nationales de la Seine. Il devient alors un notable de la politique, jouissant de son prestige militaire auprès du pouvoir impérial, qui le nomme sénateur. De même, il progresse dans la franc-maçonnerie, à laquelle il appartient depuis l’adolescence. En 1865, Mellinet devient ainsi grand maître du Grand Orient de France (GODF). Démissionnaire des Gardes nationales de la Seine qu’il commande, la guerre contre la Confédération germanique l’amène toutefois à reprendre du service. Il commande alors les dépôts de la Garde impériale de Paris, puis intègre le Comité des fortifications. L’impératrice Eugénie lui doit son exfiltration de la capitale, alors que le régime impérial tombe après le désastre de Sedan est qu’est proclamée la République. Replacé en section de réserve, c’est un vieillard alors qu’il se présente, pour l’honneur, aux élections sénatoriales de 1876 en Loire-Inférieure. Définitivement retraité quelques mois plus tard, il se consacre dès lors essentiellement à la vie nantaise, agissant en philanthrope. Il soutient alors l’épanouissement des arts et des lettres, contribue à l’organisation des musiques régimentaires et compose même personnellement quelques morceaux. Au terme de sa vie, il donne ses archives au Ministère de la guerre et aux Archives de Nantes. Il meurt accidentellement à l’âge de quatre-vingt seize ans, après un coup de froid consécutif à la rupture de canalisation. Il est enterré auprès de son épouse (décèdée en 1882) au cimetière nantais de la Miséricorde. Quelques semaines après sa mort, la place Launay du centre-ville de Nantes est renommée en son honneur.

GB

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MORICE, André (Nantes, 1900-1990). Entrepreneur du bâtiment, sénateur-maire Centre républicain

André Morice est l’homme fort du radicalisme nantais pendant un demi-siècle. Fils d’un mécanicien ferroviaire qui devient conseiller municipal de Nantes, il poursuit l’engagement politique de son père et, de même comme lui, devient maçon. Gérant d’une société de bâtiment et travaux, mais avant tout apparatchik, il est appuyé par Gaston Veil, directeur du puissant Populaire de Nantes. L’organisation d’un congrès du Parti républician, radical et radical-socialiste (PRRS) à Nantes est pour lui une consécration. Élu conseiller municipal en 1935, il manque toutefois la députation mais devient président départemental du PRRS. Louvoyant, il vante la perspective du Front populaire, puis vire vers des positions anticommunistes une fois les premiers échecs. Soldat, il est fait prisonnier en Saxe. De là, il augmente le capital de sa société, impliquée dans le Mur de l’Atlantique. Ce laisser-faire  manque d’obérer son avenir. Malade et libéré, il poursuit dès octobre 1944 sa présidence départementale du PRRS, reprenant par ailleurs Le Populaire de Nantes, qu’il fait renommer Le Populaire de l’Ouest et dont il devient directeur. Poursuivant comme conseiller municipal sur une liste d’union conduite par le communiste Jean Philippot, il est nommé adjoint. Il complète ces fonctions locales d’un mandat de député, en 1945. La défaite de la gauche municipale face à Henry Orrion — ancien pétainiste, désormais gaulliste — le place par la suite dans l’opposition. Durant la campagne législative du printemps 1951, ses compétiteurs font remonter à la surface son attitude duplice durant l’Occupation. Le Populaire critique alors les communistes, accusés d’avoir perturbé une réunion nazairienne de Morice, forts de la présence d’un agitateur parisien, le sportif Robert Mension. Rassemblant largement, au sein d’une liste « Union des républicains », il montre des accents anticommunistes comme antigaullistes. Réélu de justesse, il est par ailleurs nommé durant l’été 1951 ministre de la Marine marchande. Morice est par la suite affecté aux Transports, où il doit affronter une importante grève des transports parisiens et de la Marine marchande. Écarté du gouvernement de Pierre Mendès-France, il contribue à le faire chuter. Morice revient au Gouvernement en février 1955, gérant le commerce. Virant à droite, il s’engage dans le néo-radicalisme, face au mendésisme, aile gauche du PRRS. Aux côté des néo-radicaux, il prône un étonnant maintien du système colonial et la construction européenne, après l’échec de la CED. En mai, la prise de pouvoir de Mendès au PRRS, durant le congrès de Wagram, le marginalise. Son colonialisme le pousse à soutenir la politique algérienne de Guy Mollet puis à cofonder l’Union pour le salut et le renouveau de l’Algérie française (USRAF), proche des gaullistes. Rompant avec le Parti radical notamment sur la question algérienne, il scissionne avec quarante-cinq parlementaires et fonde le Centre républicain dont il devient le secrétaire général. En Loire-Inférieure, 94 % des adhérents du PRRS le suivent, marque de son emprise sur le mouvement radical dans le département. Battu en 1958, après le retour au pouvoir des gaullistes, il ne parvient pas à se rattraper aux sénatoriales suivantes. S’ensuivent sept ans de traversée du désert, dont il sort par le départ d’Orrion de la scène nantaise. 1965 est sa grande année, qui le voit être élu maire en mars puis sénateur en septembre, fort des grands électeurs nantais. Maire de Nantes, il ne peut empêcher que les évolutions nationales de la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) — création du Parti socialiste (PS), entrisme de François Mitterrand et Programme commun — n’influence sa municipalité. Tué par l’union de la gauche, en 1977 il quitte par la suite le Sénat.

GB

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Poictevin de la Rochette, Antoine — Poictevin de la Rochette, Ernest — Poignant, Fernand


POICTEVIN de LA ROCHETTE, Athanase (Assérac, 2 juin 1837-Paris, 4 mars, 1879). Officier. Député légitimiste

Fils aîné d’Ernest Poictevin de la Rochette, il prend logiquement la suite de sa carrière parlementaire. Mais il consacre avant tout sa vie aux Armes, qu’il sert sous différents régimes. Intègrant les zouaves pontificaux en 1861 en tant qu’officier de dragons. Il prend notamment part à la bataille de Mentana, dans le Latium, contre les Camicie rosse (Chemises rouges) garibaldiennes. Cité à l’ordre du jour, il participe ensuite à la guerre franco-prussienne, comme lieutenant-colonel dans la 2e Légion des mobilisés. Il en tire d’ailleurs une Légion d’honneur. Après-guerre, il se retire dans son château du Quenet, à Assérac, près de Guérande. Il jouit d’une courte expérience de maire et dirige dès lors le journal légitimiste L’Espérance du peuple, tandis que son père, représentant de la Loire-Inférieure, en 1871, devient par la suite sénateur. La mort de ce dernier, quelques semaines avant la fin de la Législature, l’amène à le remplacer, au pied levé. Le retour du scrutin uninominal d’arrondissement le conduit alors à représentant le parti légitimiste dans la deuxième circonscription nazairienne, intègrant bien sûr Asssérac mais aussi, plus largement, l’arrière-pays nazairien (Presqu’île, Brière, Sillon). Elu député sans difficulté avec plus de 59 % des suffrages exprimés face au républicain Benoît, il siège dans le groupe de l’Union des droites. Soutien du nouveau président de Mac Mahon, il combat en 1877 le manifeste républicain et hostile au Ministère de Broglie du « des 363 ». Adversaire politique et en duel du républicain Charles-Ange Laisant, il est légèrement blessé. Réélu avec plus de 71 % des suffrages, toujours face à Benoît, il décède toutefois en 1879, avant la fin ce second mandat. Au terme d’une élection partielle, il est remplacé un mois après sa disparition par son frère, Ernest-Léon Poictevin de la Rochette, jusque-là étranger à la politique. Il est enterré à Assérac. Parmi ses titres, il est chevalier de Pie IX et de Grégoire le Grand.

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POICTEVIN de LA ROCHETTE, Ernest (Chaligny, 29 jan. 1804-Nantes, 19 jan. 1876). Représentant légitimiste

Né près de Sainte-Périnne, Charles Poictevin de la Rochette est issu d’une vieille famille légitimiste vendéenne, s’occupant tant de politique que de ses terres. Fait baron, il veut se présenter à la députation en 1846, à Savenay (septième collège de la Loire-Inférieure), mais est battu par le candidat sortant, Henri Ternaux-Compans, avec un peu plus de 45 % des suffrages exprimés. Il est ensuite élu député de la Loire-Inférieure lorsqu’est désignée l’Assemblée constituante, première élue au suffrage universel, où il arrive onzième sur treize dans son département, par environ 74 000 voix (pour 125 000 votants). Réélu en 1849, il progresse — cinquième sur onze — mais en se tassant à 70 000 voix. Il est également élu conseiller général du canton d’Herbignac à cette même époque. Protestant contre le coup d’État du 2-Décembre, le baron de la Rochette est alors enfermé à la prison parisienne de Mazas. Lorsqu’il est libéré, il se consacre à ses terres agricoles, ainsi qu’à L’Espérance du peuple, parution dont son père est le directeur. Candidat malheureux au Corps législatif en 1852 dans la deuxième circonscription de la Loire-Inférieure, il échoue avec environ 47 % des suffrages face à Joseph Desmars, candidat officiel. Parmi les seuls correspondants officiels, sous le Second Empire, du comte de Chambord, La Rochette aspire tout autant que lui à une restauration monarchique prochaine, même s’il ménage temporairement ses critiques ouvertes contre Napoléon III, à la suite de son emprisonnement. La chute de l’Empire lui donne l’occasion de s’essayer de nouveau au suffrage universel ; il se présente alors aux élections législatives en Loire-Inférieure, et parvient à être élu député, en sixième position, avec environ 64 000 voix. Il intègre alors à la fois les Réservoirs et les Chevau-légers — présidant d’ailleurs ces derniers — et siège à l’extrême droite de l’Assemblée nationale.

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POIGNANT, Fernand (Lavardin, 24 fév. 1908-Saint-Calais, 20 déc. 1988). Instituteur, parlementaire DVG

Avec ses faits d’armes durant la Deuxième guerre mondiale, Fernand Poignant aurait pu devenir l’un de ces barons de la Résistance qui, bon an mal an, monopoliseront la représentation politique dans la France des Trente glorieuses. Mais s’il est un compagnon de route de ce compromis « gaullo-communiste », Poignant, en tant que membre de la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO), n’en est qu’un représentant local en Sarthe, certes estimé mais qui ne pourra jouir d’une carrière nationale. Né à Lavardin, près de Loué, il est l’aîné d’une famille de sept enfants et grandit dans une famille modeste, alternant les professions de cultivateurs et d’épiciers. Ses parents, nous rappellent sa notice biographique du dictionnaire biographique ouvrier Maitron, sont Fernand-Alexandre Poignant, d’Aigné, et Claire Guittet, de Lavardin. Un accident de la vie l’éloigne par hasard du travail manuel : enfant, il chute sur une cloche à melon et se voit amputé de tous les doigts de sa main droite. Inapte au travail manuel, et encouragé par son instituteur, c’est à Loué qu’il fait ses études (à l’école primaire supérieure), comme élève boursier. A cette même époque, ses parents ajoutent à l’épicerie familiale un café-hôtel. Se destinant à l’enseignement, il réussit son concours en 1924 et part pour Le Mans, et se forme à l’École normale d’instituteurs (ENI). Il obtient son brevet supérieur et en ressort professeur de cours complémentaire, métier qu’il exerce après son service militaire et qu’il garde plus de trente ans. En 1929, il se marie à Madeleine Leballeur, une institutrice, et ses parents partent dans l’Orne, à Essay (dans la région de Radon) où ils acquièrent une dizaine d’hectares. Poignant est nommé instituteur-stagiaire à l’école primaire de garçons de Saint-Calais, où il fera ensuite l’essentiel de sa carrière politique. Après son service militaire, il exerce au cours complémentaire. Dans la foulée, un arrêté rectoral le pérennise comme professeur de cours complémentaire pour l’enseignement du français. Il semble adhérer à la SFIO vers 1935. Rapidement nommé comme secrétaire de la section socialiste de Saint-Calais, le Front populaire lui donne par la suite l’opportunité d’être secrétaire de son comité local, sorte de porte-parolat du gouvernement Blum dans les fédérations de la SFIO. Il organise alors la venue de Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale, aux Halles de Saint-Calais, en 1936, dans le cadre d’une manifestation spécialement pensée pour le monde enseignant. Par la suite, il préside le comité d’Auberges de la jeunesse de sa commune et agit dans le militantisme syndical, au Syndicat national des instituteurs (SNI), comme délégué cantonal. La Deuxième guerre mondiale le fera jouer son premier rôle politique majeur : celui de résistant. Mobilisé en 1939, il sert comme sergent-infirmier à la quatrième section des infirmiers militaires. Après la défaite de l’armée française face aux Allemands, il rentre à Saint-Calais, avec l’idée de refuser la capitulation. S’en ouvrant à René Lebrun , son ancien professeur à l’ENI et ancien maire socialiste du Mans, il se lie à sa mort à l’instituteur en retraite Henri Lefeuvre , son successeur à la Mairie, que l’autorité de Vichy vient de révoquer. De Paris, Lefeuvre lui fait adresser Libération, journal clandestin. Par ce biais, Poignant entre en relation avec la résistance sarthoise, notamment « Léonard », qui dans la vie civile exerce comme chef de brigade de gendarmerie à La Chartre, près de Château-du-Loir. À la suite de ces contacts, Poignant fonde en 1943 un groupe de résistance dans la région de Saint-Calais. Devenant parlementaire dans les deux chambres, président éphémère du conseil général, c’est surtout un élu de terrain, inamovible maire de Saint-Calais.

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Saint-Aignan (de), Louis


SAINT-AIGNAN (de), Louis, Marie (Nantes, 10 fév. 1767-1er avr. 1837). Officier, parlementaire légitimiste puis orléaniste

Homme des monarchies postrévolutionnaires, Louis de Saint-Aignan parvient à acquérir des positions politiques importantes à Nantes après avoir fait — au sens propre — rayé son émigration des listes en faisant mention. C’est que cet ancien officier royal, après un passage dans les rangs de l’armée de Condé et un exil suisse, sait très tôt se faire oublier, prenant un nom d’emprunt et attendant patiemment en Bretagne que la Révolution soit « fixée aux principes qui l’ont commencée ». Issu d’une famille bourgeoise normande, fils du seigneur de Saint-Aignan, frère de diplomate, il renaît à la vie publique sous la Restauration, acceptant la Mairie de Nantes en 1816. Il prend comme adjoints Gaspard Barbier, député, Roger de la Mouchetière, grand propriétaire, Louis-Hyacinthe Levesque et Alexandre Petit-Desrochettes, des négociants. Nommé préfet des Côtes-du-Nord en 1819, il est remplacé par à la Mairie par Levesque en 1819. Il reste toutefois actif en Loire-Inférieure, cumulant la fonction de président du collège électoral, avant d’être élu député, avec près de 70 % des suffrages exprimés, face à Dufeu. Durant ce premier mandat, il s’oppose aux deux lois d’exception, et vote contre le nouveau système électoral. Réélu dans la première circonscripton de l’arrondissement de Nantes, il se positionne plutôt à gauche, parmi les libéraux, et doit quitter la Préfecture. En 1824, il perd temporairement son mandat de député, battu par Levesque, qui recueille près de 52 % des suffrages. Réélu nettement contre Levesque (58 % des votes), il vote l’Adresse des 221, véritable déclaration de défiance contre Charles X. Lors du renversement du roi, en 1830, il soutient le nouveau régime. En retour, il est nommé préfet de la Loire-Inférieure, et abandonne son siège de député. Par la suite, il est fait Pair de France. Il y siège de 1832 à sa mort, dans les rangs orléanistes.

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