Lorimier, Savary, Auxais : les figures légitimistes de la Manche

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Les légitimistes ne seront jamais très influents dans la Manche, dominés par les orléanistes et, bientôt, compte tenu de l’industrialisation précoce de ce département, les républicains. On compte peu de parlementaires se revendiquant vraiment d’un monarchisme de légitimité.


Il faut noter, au début de la monarchie de Juillet, l’élection de Pélage de Lorimier (1784-1835). Celui-ci, malgré ses échecs répétés à la députation, restera fidèle à Charles X, en dépit de l’opposition d’adversaires favorables à la dynastie d’Orléans puis, à partir de 1830, la monarchie de Juillet. Militaire dans la Garde royale (chef d’escadron d’artillerie) sous Charles X, Lorimier se présente à une législative partielle en décembre 1826 dans le premier arrondissement de la Manche (Saint-Lô). Il y est élu une première fois, rassemblant près de 70 % des voix, contre 29 % pour son principal compétiteur, Bellefond.

Dans cette première partie de sa carrière, Lorimier siège classiquement au centre et ne se manifeste pas particulièrement. L’année suivante, il n’est pas élu, perdant avec 40 % des votes face à Paul Enouf, monarchiste constitutionnel. Mais il parvient toutefois, quelques jours plus tard, à accéder au Collège de département. Trois ans plus tard, il perd de nouveau la députation (56 % des voix) contre Enouf, avant d’être repêché au Collège de département, où il siégera encore un an. Son ultime tentative à Saint-Lô est catastrophique, puisqu’il baisse à moins de 14 %, contre le député sortant et réélu, Enouf (59 %) et un dénommé Viellard (27 %).

Après l’éphémère passage de Lorimier, il n’y aura plus aucun plus aucun parlementaire légitimiste élu dans la Manche pendant quatre décennies. Il faut finalement le coup de fouet de 1871, au lendemain de la guerre franco-prussienne, qui voit une majorité royaliste à l’Assemblée nationale, pour que de nouvelles figures du légitimisme émergent dans la Manche. Entre temps, la Gauche républicaine a conquis ses premières circonscriptions, tandis que les bonapartistes résistent bien à la chute de Napoléon III.

Charles Savary (1845-1889), député légitimiste de la Manche. Ses pairs lui firent porter l'échec de   l'arrivée au pouvoir du comte de Chambord.

Charles Savary (1845-1889), élu de la Manche. Il fut accusé de l’échec politique du comte de Chambord.

Principal représentant de ce légitimisme manchois rénové, Charles Savary (1845-1889) laissera un souvenir désastreux durant des décennies pour tous ceux, nombreux dans l’immédiat après-guerre, à espérer une prochaine restauration monarchique sous l’égide du duc de Chambord. Le régime républicain, soucieux d’unité nationale, par l’entremise du président Thiers, centriste et modéré, s’affirmait en effet par son caractère provisoire, sa volonté de nos froisser personne, dans la droite ligne du pacte de Bordeaux.

Enfant du pays (né à Coutances), docteur en droit, avocat, Savary avait a priori tout pour réussir une carrière politique sans accrocs. Élu député de la Manche en 1871, il tomba moralement en 1873 lors du vote parlementaire devant décider d’une éventuelle restauration monarchique.

S’il fut plusieurs fois réélu (il quitta la Chambre en 1883), Savary fut toutefois désavoué par les siens, qui l’accusèrent longtemps d’avoir fait échoué la Restauration. En effet, il lui fut reproché, à raison, d’ailleurs, d’avoir déformé les propos tenus par Chambord sur la possibilité de cette restauration.

Savary avait à cette occasion soutenu que le comte saluerait « avec bonheur » le drapeau tricolore à son entrée en France. Ce drapeau était pourtant encore celui des seuls républicains, les légitimistes se revendiquant exclusivement du drapeau blanc.

En désaccord avec cette analyse, le comte de Chambord ne put alors que démentir ces propos, dans une lettre qu’il adressa à Chesnelong, le 27 octobre 1873. Celle-ci fut par la suite publiée dans le journal légitimiste L’Union. L’affaire éclata alors au grand jour, et le groupe d’élus de Savary dû certifier qu’il avait agi de sa seule initiative.

À la suite de cet épisode fâcheux pour l’unité du camp légitimiste, Savary fut conspué par les siens. Ses propos furent dès lors comparés par certains à le dépêche d’Ems, qui avait été le casus belli de la guerre franco-prussienne, durant l’été 1870. Au reste, cela n’entama pas la suite de la carrière politique de Savary, qui garda son mandat parlementaire encore dix ans, ayant entre-temps été appelé au Gouvernement comme sous-secrétaire d’État à la présidence du Conseil et à la Justice, entre 1877 et 1879.

Son collègue Jules d’Auxais (1818-1881) eut un destin politique plus classique. Élu en même temps que Savary, profitant de la vague conservatrice d’après-guerre, il se plaça toutefois immédiatement beaucoup plus à droite, en s’affiliant à la Réunion des Réservoirs. Au terme d’un mandat à l’Assemblée nationale, Auxais choisit le Sénat, assemblée encore conservatrice, et conçue explicitement comme telle par le président Mac Mahon, où il siégea entre 1876 et 1879.

À un niveau plus local, celui qui avait également gagné la mairie de Saint-Aubin-du-Perron (dont il possédait le château) parvint aussi dès 1871, à entrer au conseil général de la Manche. Élu dans son canton de Saint-Sauveur-Lendelin, il prit en réalité la succession facile de Georges Ferrand de la Conté, maire de Saint-Sauveur-Lendelin, petit notable légitimiste qui avait gagné le canton en 1848.

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